Bienvenue

J'écris dans le train.
 Petites histoires, ragots, comptes-rendus journaliers,
je n'ai pas de ligne directrice précise. J'écris ce que l'heure à tuer me dicte...
Les catégories ne définissent pas de thèmes, mais le temps ou le lieu de l'écriture. Laissez un commentaire pour les textes qui vous plaisent !
Bonne lecture !

Dimanche 29 mars 2009 7 29 /03 /Mars /2009 20:43



 

M'enfin, qu'est ce que c'est que ce bruit ?


Jeannot s'arrête et me regarde avec des grands yeux, ce qui est tout à fait notable pour cette heure matinale. Tous les passagers sont installés, il est 7h44, heure du départ. Seul Jeannot restait dans l'allée. Il hésitait encore entre s'assoir à mes côtés ou dégotter une double place vacante, quand nous entendîmes ce « VLAM ».

Derrière nous, une femme se lève et s'approche de la porte du wagon. Elle revient rapidement sur ses pas pour demander à une passagère de venir l'aider. Jeannot, toujours debout, comprends ce qui se passe et me dit sans détourner son regard: « Un homme est tombé ». Je me retourne et tente de saisir un aperçu de la scène. Malheureusement, les têtes des passagers curieux dépassaient des banquettes, je voyais quedale.

N'insistons pas.


Je préfère décrypter les expressions sur le visage de Jeannot pour me faire une idée des faits. Une sonnerie sourde retentit. Fermeture automatique des portes, attention au départ.

Jeannot consacre encore quelques secondes à la scène des deux femmes bienveillantes. Commissures basses, lèvre supérieure retroussée et sourcils en arc, je devine alors le désintérêt de mon collègue pour l'histoire. Il se décide alors et s'approche d'une place plus éloignée.


L'une des deux femmes qui aide le malheureux se met à courir dans l'allée, jusqu'à l'extrémité opposée de la voiture. A travers le dépolis des vitres, je regarde cette femme faire des grands gestes, afin d'expliquer au contrôleur qu'un homme s'est vautré la tronche à l'autre bout du train. Le contrôleur venait de siffler le départ, les portes se fermaient, et les moteurs prenaient leurs élans. La femme, exaspérée, fini par tirer l'encasquetté par la manche. Il traversent tous deux le wagon et arrivent au près de l'homme dont il était question.

 

Le train roulait déjà à bonne allure, quelques nuages découpaient les rayons téméraires d'un soleil timoré.


« Voilà, c'est lui ! lance la femme qui ne lâchait pas la manche SNCF.

- Oui, oui ! Je vois ! répond le contrôleur les dents serrées.

- Qu'est-ce qu'on fait ? » tente-t-elle alors.


Le contrôleur regarde fixement la femme, droit dans les yeux. Elle est petite, mèches blondes, les lèvres sévères et les joues plus rouges que ses gants. Le contrôleur abaisse son regard sur la main gauche de la femme. Elle fini par lâcher la manche.


« Vous pouvez retourner à votre place maintenant Madame. En vous r'merciant.
À l'homme accidenté, assis au sol :

- Alors Monsieur, qu'est-ce qui se passe ?

- Il est tombé...

- Oui Madame. Merci. Votre place ? La bas ? Bien.

- … il voulait sûrement...

- OUI ! Écoutez Madame, vous me donnerez votre avis en même temps que votre titre de transport, QUAND JE VOUS LE DEMANDERAI. Merci.

- Ah bin bonjour l'ambiance hein !!! Merci la SNCF ! Regardez ce pauvre monsieur qu'est tout patraque ! Et vous, VOUS ! Vous me parlez sur ce ton ! Mais y a vraiment plus aucun respect ! J'vous l'dis moi, quand il faut faire grève, ça, y a pas de problème hein ! Mais alors aider des pauvres gens en détresse et parler correctement aux voyageurs, ça c'est trop demander !?! Eh bin bravo la France, hein ! Bravo ! »


Elle s'éloigne la tête haute, s'emploie à conserver une démarche fière, les secousses du train gâche considérablement ses efforts, tout le monde l'observe, elle s'approche de Jeannot, il cesse de la regarder et prie pour qu'elle ne vienne pas lui mâchouiller la guibole.


Le contrôleur:

« Alors Monsieur, dites-moi tout.

- ...Bon..Bonjour, je suis désolé...Je...

- Vous êtes tombé en courant vers la sortie si j'ai bien compris ?

- Oui, c'est ça. Enfin, je crois...

- Vous vous êtes endormi ? Et à votre réveil, vous vous êtes précipité pour descendre du train, n'est-ce pas ?

- Ahh, bin oui c'est ça. Sûrement.

- Comment vous appelez-vous ?

- C'est important ?

- ..Nnnnon.

La seconde femme qui était restée accroupie au chevet du déchût n'avait jusqu'ici pas soufflé le moindre mot. Grande, belle, fine, petite quarantaine.
Au contrôleur :

- Pas de fracture.

- Bien, bien. Je vous remercie madame. Vouzz... zzêtes avec Monsieur peut-être ?

- Je ne connais pas cette dame ! prévient le boiteux.

- Bien, bien !»


La femme trouvait pourtant son patient plutôt bel homme, et l'aurait volontiers ramené à la maison pour le cuisiner bien épicé. Elle l'aurait peut-être présenté à ses amies quelques jours plus tard et aurait raconté l'histoire de leur rencontre si romantique. Mais bien que l'estropié ait pris un coup sur la tête, il n'était pas encore amnésique. Cette femme n'est pas la sienne, sa main à couper. Quant au contrôleur, il semble bien intéressé, par la grande et belle secouriste qui l'aura aidé à sauver la vie d'un passager victime d'une terrible chute à bord de son train, un jour de mars, alors qu'au dehors la brise prend des airs de souffle chaud dans la cou, pour vous abandonner aux frissons, aussi soudaine qu'une poinçonneuse enrayée.


« Voulez-vous que je vous laisse ? Demande la femme à l'abimé.
- J'aurai peut-être encore besoin de vous… Place le contrôleur.
- … Ça ira. Merci beaucoup Madame. Reprend le cul talé.
- Je vous en prie, tout le plaisir était pour moi !
- Merci encore, et bonne journée.
- Non, vraiment, cela m'a fait plaisir !
- Plaisir ?
- Oui, je...
- Que je manque de me briser le dos à 8h00 du matin en essayant de ne pas arriver en retard à mon boulot de m...
- Non ! Bien sûr ! Je veux dire... Non...
- Arrrhh… Excusez-moi Madame, je...
- Mademoiselle.
- … Mademoiselle. Je viens de réaliser que la journée ne fait que commencer, et qu'elle va être horriblement longue ! Je vous prie d'excuser le ton sur lequel...
- Je comprends, vous n'avez pas à vous excuser Monsieur. Monsieur … ?
- Monsieur.
- Bien....
- Bien.
- Je retourne m'assoir alors...
- Faites, faites.
- Et bien bonne journée alors !
- Longue surtout...m..merci. Au revoir.
- Oui, à une prochaine !
- Une prochaine ? … chute ?
- N..Non ! Voyons !

Le contrôleur, amusé par l'échange :

- Allez donc vous assoir Mademoiselle. Je vous rejoins dès que j'en aurai terminé avec Monsieur.

- Pour quoi faire ?

- Hé bien, vous contrôler !

- Mon billet vous voulez dire ?

- … Oui, votre billet. Contrôler votre billet.

- Tenez, le voici.

- Non, tout à l'heure !

- Et pourquoi pas maintenant ?

- Parce que, parce que... parce que Monsieur d'abord. Il l'a bien mérité, vous ne pensez pas ?

- Oui, vous avez entièrement raison. Le pauvre homme…

- N'est-ce pas ?

- Certainement : Monsieur d'abord ! Je serai à ma place, en cas de besoin.

- J'en prends bonne note Mademoiselle. J'en prends bonne note ! »


 

 

Que l'on comprenne bien : l'homme qui a raté son arrêt devait désormais attendre la prochaine gare déservie pour descendre du train, sans blague cette fois-ci. Cette gare s'avère être à plus d'une demie-heure du point de chute. Cette même gare, que ce soit clair pour tous, n'est déservie que cinq... allez : six fois par jour. Notre malchanceux s'est donc, vous l'aurez compris, carrément planté. Son boulot de m..., comme il l'a si poliment décrit, eh bien, son boulot allait attendre, et un bon moment encore !

Je ne suis pas tout à fait convaincu que le contrôleur ait songé à tous cela, lorsqu'il lui a demandé s'il avait un titre de transport valable pour le surplus de trajet.


Quand j'ai jeté un œil par dessus mon épaule, j'ai pu le voir tapoter sur son appareil mobile - permettant de distribuer des titres ou des prunes. L'homme assis au sol devant le contrôleur maudissait le jour de sa naissance, les mains dans la face. Pauvre vieux ! C'est tomber bien bas qu'en arriver à se fendre le coccyx et devoir pour cela payer une amande ! Était-ce dû à un manque de sommeil, les prémices d'une narcolepsie, ou un acte manqué ? N'aurait il pas mieux valu pour notre homme qu'il reste dans son lit ? La chute en aurait certainement été moins rude, si toutefois son destin était de se vautrer ce jour là : une descente de lit en peau de génisse vaut toujours mieux que l'entre-deux marches d'un wagon TER. Un rien plus d'élan et c'était le voyage sans retour !

Par jon - Publié dans : Aller - Communauté : Vive le désordre !
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

Catégories

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus